Alsarah porte le Soudan aux nues

Crédit : Maryam Parwana

Du Soudan dont on n’entend parler qu’au travers du prisme des guerres et des famines qui l’ont ravagé, Alsarah représente un vent d’air frais qui nous vient de ce territoire.

La voix enchanteresse de la chanteuse soudanaise nous rappelle qu’au-delà du cortège de malheurs qui accompagnent les guerres, son pays porte l’héritage d’une culture ancestrale, africaine et arabe. Née à Khartoum, elle a vécu au Yémen pour échapper au régime dictatorial d’Omar El-Béchir, avant de déménager à New-York lorsqu’éclate une guerre civile au Yémen. C’est dire si son parcours est éclectique, pluriel, et métissé. Une trajectoire personnelle et géographique qui se retrouve dans sa musique.

Alsarah & the Nubatones

Soukura, leur premier album, est qualifié par Alsarah de rétro-pop est-africaine. Pour les curieux, deux des chansons phares de l’album, ont eu le droit à des remix de la part de Spy of Cairo et Boddhi Satva.

Habibi taal, morceau d’ouverture, nous dévoile d’entrée les possibilités de la voix d’Alsarah. Claire, pure, puissante, et pourtant mélodieuse, celle-ci est soutenue par la basse de Mawuena Modjovi, la derbouka de Rami El Aasser, et le oud d’Haig Manoukian. Les rythmes qui traversent l’album sont ceux de la soul et du jazz, relevés de ces sonorités si particulières de la derbouka et du Oud. Soukura, le morceau suivant, est entraînant, très jazzy, avec un groove assuré, et n’est rien de moins que magistral. Il permet d’apprécier la puissance entraînante de la voix d’Alsarah, soutenue par une instrumentation époustouflante. Le clip n’est pas en reste, et la performance visuelle vaut le détour.

L’album, 11 pistes au total, est un régal à écouter, et Alsarah nous parle d’amour, mais également de réfugiés, de martyrs, et de liberté. Comment pourrait-il en être autrement, elle qui est une réfugiée ? C’est forte de cela qu’elle porte son engagement en faveurs des réfugiés, en participant au documentaire de Hajooj Hooka sur le rôle de la musique dans la vie de réfugiés, Sounds of Antonov, avec sa casquette d’ethnomusicologue cette fois. En parallèle du tournage dans le camp de Maban au Soudan, elle signe un ensemble d’enregistrements avec les habitants du camp. Là aussi, un album de remix est prévu, par ses producteurs préférés. Elle a également participé, en 2013, au premier festival organisé à Mogadiscio depuis 25 ans.

Parce qu’elle aime l’éclectisme, c’est avec le DJ français dÉbruit qu’on la retrouve, dans le monde de l’électro, pas forcément là où on l’attendait, bien qu’elle nous ait prouvé qu’elle développait une appétence pour ce genre musical. L’album Aljawal est sorti sur le label Soundway, et est une perle de la musique électronique.

Quand elle n’est pas avec son groupe, qu’elle ne collabore pas avec des documentaristes ou des DJ, Alsarah fait partie de The Nile Project, un collectif musical formé par des musiciens de pays traversés par le Nile. Un lieu d’échange civilisationnel qui a donné lieu en janvier 2013 à leur rencontre à Asouan, en Egypte, et l’album correspondant, Aswan. Une véritable sublimation de l’héritage musical de cette région couvrant plusieurs pays et plusieurs cultures.

Alsarah est une artiste complexe, façonnée par le voyage et les épreuves, une véritable artiste du monde, aux influences et aux productions multiples, une artiste à suivre, tant musicalement, qu’humainement à travers ses multiples engagements, dont la musique, après tout, n’est qu’un vecteur d’expression.

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