909 : « Nous ne sommes pas qu’un pays de thé, de chameaux, et de couscous. »

909. Neuf cent neuf ? Nine o nine ? Ou tout simplement qoq. Oui, qoq.

C’est le projet hautement créatif de Aicha El Beloui. Infographies déjantées, photos-montages originaux, jeux de mots hilarants. « Dior » jame3, Beidawoui, Miyeck… Vous avez certainement vu passer certains de ses travaux sur Facebook ou sur Instagram. Mais 909, qu’est-ce que c’est, au juste ? Pour le savoir, je suis allée poser mes questions à Aïcha.

Avant de nous parler de 909, peux-tu nous faire un petit récap’ de ton parcours ?

Je suis architecte de formation, lauréate de l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat. J’ai davantage travaillé pour le patrimoine, que dans l’architecture. J’ai commencé avec Casamémoire pendant 3 ans, avant de décoller pour la Norvège, où j’ai intégré la Fondation Nordique du Patrimoine Mondial pendant un an. Je suis ensuite retournée en terre africaine, en posant mes bagages pendant quelques mois entre l’Ouganda et l’Afrique du Sud, où j’ai travaillé pour le Fonds du Patrimoine Mondial Africain. À côté de ces expériences professionnelles, j’ai toujours été très active dans le milieu culturel. Je suis une ancienne membre du Collectif de la Fabrique Culturelle des Anciens Abattoirs de Casablanca et membre co-fondateur de l’association Racines.

Qu’est-ce que 909 ?                                                                                                

909, c’est à la fois un chiffre et un mot en langage darija-sms : qoq, artichaut. Chez nous, qoq, ce n’est pas que le nom d’un légume. C’est aussi un terme utilisé pour dire problème, jolie fille ou l’inverse. C’est un mot qui parle à chaque Marocain, un mot évocateur de clichés urbains, un mot que l’on retient et grâce auquel on peut s’identifier. C’est aussi une façon de partager mes expériences urbaines avec les autres millions de Casablancais qui vivent chacun dans leur sphère, cloisonnés, se cantonnant à « leur partie ». Ayant toujours vécu dans des quartiers populaires, je voulais partager ma pratique citadine, qui va des quartiers huppés de la ville aux endroits les plus reculés et les plus surprenants.

Qu’est-ce qui a motivé ce projet ?

Pendant mes voyages, j’ai vu beaucoup de choses relatives aux cultures respectives des pays où j’étais. J’ai, à chaque fois, regretté que l’on n’ait pas la même chose au Maroc. Nous ne sommes pas qu’un pays de thé, de chameaux, et de couscous. Nous sommes une société jeune, à double culture (au moins), avec un bon nombre d’aspects positifs et négatifs, comme toute société, mais cela n’est montré nulle part. On note que cela commence à s’exprimer à travers la musique et un peu dans le cinéma, mais pas encore dans les arts visuels. C’est une culture alternative, urbaine, et qui est la nôtre, avec toutes  ses contradictions, toutes ses tares et ses richesses, que l’on veut véhiculer.

Ton travail reflète des engagements assez politisés. Ces aspirations s’expriment-elles d’une autre manière que par l’art ?  Pourquoi avoir choisi de t’exprimer de cette façon ?

Mon engagement associatif est une autre forme d’expression, moins ludique, plus sérieuse. J’ai choisi de m’exprimer de cette manière là, d’abord parce que c’est comme ça que je sais, et que j’aime, le faire. Et, ensuite, parce que c’est un bon moyen d’atteindre le marocain urbain, connecté, et branché, qui lui aussi éprouve le désir de s’identifier dans un objet, un gadget, un dessin qui lui parle et qui s’adresse au citoyen qu’il est.

Où en es-tu dans ton projet ? Est-ce que tu rencontres des difficultés dans son exécution ?

Mon projet avance doucement mais sûrement ! Je ne travaille dessus qu’à mi-temps, pour des raisons financières. Il est difficile de produire de petites quantités, et c’est mon plus gros problème. Je suis seule à tout faire, mais je n’exclue pas la possibilité de collaborer pour des projets à venir.

Peux-tu nous dire ce qui est prévu prochainement ?

Je souhaiterais sortir un nouvel article, surprise, pour la journée de la femme. Je ne suis pas sûre de pouvoir le faire, pour des raisons logistiques, mais ce qui est sûr et en route, c’est la partie papeterie . Des blocs notes, des cahiers et des posters pour le printemps, si tout se passe comme je veux !

Une chose est sûre, ONORIENT suit de près l’avancement de 909, et espère voir fleurir de jolies choses.

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