Personal affairs, journal intime palestinien

Personal affairs

La 12ème édition du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient a lieu comme tous les ans au printemps et avant le festival de Cannes. Il se tient en ce moment dans sept salles de cinéma à Paris et en Seine-Saint-Denis, jusqu’au 14 mai.

Cette année la marraine de l’événement est l’actrice et réalisatrice Hiam Abbass. Parmi les films projetés, le premier long métrage de Maha Haj, palestinienne : Personal Affairs.

À Nazareth, ville de naissance de la réalisatrice, un vieux couple vit à côté l’un de l’autre. Leurs enfants sont grands et ailleurs. Tarek et Samar vivent à Ramallah. Hicham lui s’en est allé bien plus loin, en Suède. Leurs quotidiens s’égrainent et au fil des images, nous entrons dans l’existence tranquille de la petite famille . Chacun vaque à ses occupations pendant que le film fait un focus particulier sur leurs relations amoureuses.

Le couple, ou comment être seul à deux

La solitude de chaque protagoniste est frappante, les moments de silence nombreux, de quoi mettre mal à l’aise y compris les spectateurs.

Les premiers personnages sur lesquels l’histoire s’ouvre sont un couple marié qui ne fait pas vraiment rêver. C’est un vieux couple, peut-être la force de l’habitude a-t-elle modifié leurs liens.

Lui ne la remarque pas, bien qu’elle s’affaire pour lui préparer tous ses repas. Dans la première scène, sans la regarder, il demande à sa femme de lui passer le sel. Il lui suffisait de tendre le bras. Elle s’en rend compte, semble irritée mais s’exécute sans un mot.

Plus tard, ce sera à son tour d’être indifférente. Si elle ne le voit pas, elle ne l’entend pas non plus. Toujours en face de son ordinateur lorsqu’il n’est pas en face de son assiette, il lui pose des questions auxquelles elle ne répond jamais. Elle reste assise, tricote sans même lever le regard vers lui. Il semble ne pas comprendre son acharnement à faire comme s’il n’existait pas et s’en plaint régulièrement à ses enfants.

Ceux-ci ne sont guère mieux lotis.

Tarek apparaît coincé et ne sachant comment se comporter en face d’une jeune femme qui a manifestement des sentiments pour lui. Il est prisonnier de son hésitation. Samar, sœur de Tarek, est enceinte. Pragmatique, pour elle s’engager dans une relation est seulement une question de choix. En oublierait-elle que le couple se vit à deux ? Quant à Hicham, loin de la Palestine, il attend ses parents pour leur présenter un conjoint que l’on ne voit jamais.

Nazareth – Ramallah – Stockholm

Comme l’explique la réalisatrice dans une interview  » l’espace reflète les personnages « . Le calme et les couleurs blanches ou grises de la Suède contrastent avec la ville plus chaotique et problématique de Ramallah. En ce sens Tarek ressemble à sa ville, tout comme Hicham, d’un tempérament plus calme.

Personal affairs 1

A Nazareth, la vie routinière qui entoure les parents les affecte aussi. Les mêmes activités et les mêmes rencontres, avec la visite régulière et monotone de la voisine, agissent comme un miroir avec les personnages.

Chacun est d’une certaine façon comme pris au piège de son environnement, quel qu’il soit. Une cloison mentale et géographique les enferme dans un soi-même monochrome. Symboliquement d’ailleurs, lorsque Tarek et son amie vont passer le check-point, la dynamique va changer pour eux. De la même façon avec le conjoint de Samar, qui ne rêve que d’une chose quand on lui propose de voyager à Haïfa : voir la mer ; enfin un basculement va s’opérer pour les parents lors de leur voyage à Stockholm.

Si tout est crédible dans ce film, si on est pris par les personnages et happé par l’histoire, si l’esthétique est superbe, il manque tout de même un bout de quelque chose. Jamais nous se saurons pourquoi. Pourquoi les parents se comportent-ils ainsi l’un vers l’autre ? Ont-ils été heureux un jour ? Ce sont-ils toujours ignorés ? Pourquoi toutes les protagonistes ont-ils autant de mal à fonctionner en couple ?

Finalement une sensation un peu étrange d’avoir épié la vie de ces êtres sans en avoir capté l’essence. Jamais omniscients, nous restons des observateurs lointains… et un brin frustrés.

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